Malgré des discours empreints de fermeté et des constats accablants, l’administration gabonaise reste engluée dans ses pratiques malsaines. Ce mardi 28 janvier, Raymond Ndong Sima, Premier ministre de la Transition, a convoqué une réunion de crise avec les secrétaires généraux et inspecteurs généraux des services de l’administration gabonaise. L’objectif annoncé : remettre de l’ordre dans une administration gangrenée par la corruption, le favoritisme et le non-respect des textes. Mais à bien y regarder, ce coup de semonce, pourtant nécessaire, s’apparente davantage à une mise en scène qu’à une véritable volonté de réforme.
Lors de cette réunion, le Premier ministre n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé des pratiques qui paralysent les services publics : corruption, rétrocommissions, complaisance et inefficacité. « Vous êtes sortis du texte qui vous créent pour aller vers des pratiques qui n’ont rien à voir avec vos missions », a-t-il martelé devant les inspecteurs généraux, censés être les gardiens de la régularité. Mais derrière cette indignation, force est de constater qu’aucune sanction n’a été annoncée, aucune procédure judiciaire ouverte.
Comment comprendre ce silence juridique face à de tels dysfonctionnements ? Si le diagnostic est clair et partagé, les coupables identifiés, pourquoi le Premier ministre n’agit-il pas ? En se contentant de fixer des délais pour produire des manuels de procédure, il semble détourner l’attention des véritables responsables de ces dérives : des hauts fonctionnaires qui agissent en toute impunité.
Les promesses de réformes se multiplient depuis des années, mais les résultats tardent à se concrétiser. La réunion de ce mardi 28 janvier, pourtant présentée comme un tournant, ne fait que répéter un schéma bien connu : dénoncer sans punir. En exigeant des manuels de procédure sous 60 jours ou des rapports mensuels, le Premier ministre semble ignorer que ces documents existent déjà, mais qu’ils ne sont pas appliqués faute de volonté politique et d’intégrité.
Il est également surprenant de constater que, malgré les critiques adressées directement aux inspecteurs généraux, aucun plan précis pour lutter contre la corruption n’a été annoncé. Pire, aucun dossier n’a été transmis à la justice. Ce silence renforce un sentiment d’impunité dans les rouages de l’administration, où les mauvaises pratiques sont tolérées au détriment des citoyens.
Si l’administration gabonaise veut réellement se réformer, elle ne peut se contenter de discours et de menaces symboliques. L’impunité des acteurs corrompus doit cesser, et des sanctions exemplaires doivent être prises pour restaurer la confiance des Gabonais. La Transition, présentée comme une opportunité historique pour remettre le pays sur les rails, risque de devenir une énième occasion manquée si les véritables responsables ne sont pas traduits en justice.
Le Premier ministre peut-il ignorer plus longtemps la gravité de la situation ? Peut-il rester indifférent aux cris d’une population exaspérée par une administration inefficace et corrompue ? L’histoire jugera durement ce moment où des paroles fortes n’ont pas été suivies d’actes courageux.
Les Gabonais méritent une administration intègre et performante. Ils méritent surtout que les responsables de ces dérives soient confrontés à la justice. Car, sans cela, tous les manuels de procédure du monde ne suffiront pas à faire souffler le vent de changement tant attendu.

