Depuis plusieurs jours, l’opinion publique gabonaise s’interroge sur les zones d’ombre entourant le projet de mise en place d’un ranch de bovins, pour lequel plusieurs têtes de bétail sur les 1000 annoncées seraient déjà importées. Au cœur de la controverse : Agropag, l’entité en charge du projet, qui s’avère être une entreprise privée hébergée au sein même de la Primature. Plus troublant encore, l’un de ses administrateurs n’est autre que le propre fils de Raymond Ndong Sima, dentiste de formation et conseiller de son père à la tête du gouvernement de transition.
Face aux interrogations croissantes, Raymond Ndong Sima, a tenté une opération de communication qui n’a pas convaincu. Plutôt que d’apporter des réponses précises et chiffrées – ce que l’on serait en droit d’attendre d’un économiste de formation – il a préféré noyer le poisson, semblant appliquer à la lettre le fameux théorème de Charles Pasqua : « Créer une affaire dans l’affaire pour détourner l’attention ».
Ainsi, alors que le Gabon voyait sa note souveraine dégradée à un niveau proche de la cessation de paiement, Raymond Ndong Sima célébrait en grande pompe son anniversaire avec un tournoi de karaté.
Quelques jours et près deux ans après sa nomination, il lançait des mises en garde aux supposées brebis galeuses de l’administration publique, comme s’il découvrait soudainement les travers d’un système qu’il a lui-même servi en 2016. Mais c’est lors d’un récent plateau TV sur la chaine publique que le Premier ministre s’est livré à ce qui s’apparente à un véritable naufrage communicationnel, tentant de justifier toutes les polémiques qui l’assaillent.
Si la situation économique du Gabon exigerait une posture empreinte de discrétion et d’humilité, Raymond Ndong Sima semble suivre une trajectoire inverse. « Moi je vous dis, j’ai pris 4 milliards, j’ai mis 1000 bœufs sur le terrain. J’ai construit des hangars, j’ai fait des forages. » Au-delà de l’absence totale de transparence sur l’attribution des marchés relatifs à ces infrastructures, plusieurs questions cruciales restent en suspens.
L’opinion publique continue de se demander pourquoi le Premier ministre se positionne-t-il en principal porteur de ce projet, allant jusqu’à parler à la première personne de l’utilisation des fonds publics, alors qu’un ministre de l’Agriculture est censé être en charge du dossier ?
Pourquoi la société Agropag, entreprise privée, est-elle domiciliée à la Primature ? Cette institution abrite-t-elle un espace de co-working à l’insu de la population ?
Pourquoi le fils du Premier ministre occupe-t-il un rôle clé dans cette entité, dans un pays où le népotisme a longtemps gangrené l’appareil d’État ?
Enfin, où sont les éléments de transparence sur l’usage des fonds publics ? À ce stade, malgré des sorties médiatiques, ces interrogations restent sans réponse.Il ne fait aucun doute qu’une faute a été commise. Ce scandale ternit l’image d’un homme autrefois admiré, mais qui semble aujourd’hui s’égarer dans une posture arrogante. Conscient qu’il joue sans doute sa dernière partition politique, Raymond Ndong Sima estimerait-il qu’il n’a aucune explication à donner quand à l’usage de tout cet argent publique, on parle de plusieurs milliards de FCFA.
Pourtant lorsqu’il s’agit de l’argent public, les Gabonais sont en droit d’exiger des explications chiffrées, documents à l’appui.

