Le 14 janvier 2025, l’Assemblée nationale de la Transition a adopté un nouveau Code électoral qui, sous couvert de réformes ostensiblement progressistes, pourrait bien dissimuler une volonté de renforcer l’influence des acteurs de la Transition sur la politique gabonaise. Bien que certains saluent cette réforme comme un pas vers une meilleure inclusion des fonctionnaires publics dans le jeu politique, on peine à croire qu’il ne s’agisse pas, avant tout, d’une stratégie visant à maintenir un contrôle autoritaire sur le processus électoral.
Lors de leur première sortie publique, les figures emblématiques du « collectif des quatre » — Alain-Claude Bilie By Nze, Pierre-Claver Maganga Moussavou, Ali Akbar Onanga et Albert Ondo Ossa — avaient appelé à un retour des militaires dans les casernes une fois la transition achevée. Un discours qui semblait clairement mettre un terme à l’ingérence militaire dans la politique. Pourtant, l’adoption de ce nouveau Code électoral, qui permet aux magistrats, militaires et autres fonctionnaires publics de se présenter aux élections, semble démentir cette position. En effet, l’Assemblée nationale a opté pour un système où ces catégories de personnes, sous certaines conditions de détachement, pourront briguer des mandats. Une décision qui soulève bien des interrogations : dans quelle mesure des militaires et fonctionnaires détachés peuvent-ils vraiment prétendre à une totale indépendance, loin de l’ombre des puissants qui dirigent le pays depuis des décennies ?
Certes, le Code introduit des mesures visant à garantir plus de transparence dans le processus électoral, telles que l’affichage obligatoire des procès-verbaux des résultats, la présence des représentants des candidats dans les bureaux de vote, ou encore l’intégration d’observateurs nationaux et internationaux. Autant d’initiatives qui, sur le papier, semblent aller dans la bonne direction. Mais il est légitime de se demander si ces mesures suffiront à restaurer une véritable confiance des citoyens dans le système, notamment lorsque l’on sait que les précédentes élections ont été marquées par des accusations de fraudes et de manipulations. Ce Code électoral ne risque-t-il pas d’être perçu comme une tentative d’élargir l’espace pour des candidats « sous contrôle » tout en écartant une opposition véritablement indépendante ?
L’introduction de plafonds pour les dépenses électorales et la création de l’Autorité de contrôle et de supervision des élections (ACSE) est également saluée, mais là encore, on peut se poser la question de l’impartialité de cette nouvelle instance. Dans un contexte où les conflits d’intérêt sont fréquents et où la manipulation des institutions fait partie du paysage politique, on peut légitimement se demander si l’ACSE aura les moyens réels d’assurer des élections justes et transparentes.
À l’issue des débats, Hermann Immongault, ministre de l’Intérieur, n’a pas manqué de souligner que ce Code électoral marquait un tournant décisif pour la démocratie gabonaise. Mais, en réalité, il semble plutôt qu’il s’agisse d’une tentative de verrouiller le système politique pour que ceux qui ont pris part à la Transition puissent continuer à jouer un rôle dominant. Certes, certaines mesures, comme la régulation des dépenses électorales ou la promotion de la transparence, sont des avancées en soi. Mais elles risquent de se révéler insuffisantes si elles ne s’accompagnent pas d’une véritable ouverture à une pluralité de candidats et d’un véritable rééquilibrage des forces politiques.
Il est difficile de ne pas voir dans ce Code une manœuvre visant à faciliter la réélection des mêmes personnes, tout en limitant l’influence d’une opposition véritablement démocratique. Si le Gabon veut vraiment se diriger vers une démocratisation effective, il devra aller bien au-delà de simples ajustements législatifs. Ce pays a besoin d’un véritable renouveau politique, où de nouvelles voix pourront émerger, et où les citoyens pourront avoir confiance dans l’intégrité du système électoral.
En attendant, le Gabon semble se retrouver dans une sorte de « transition à sens unique », où les réformes semblent plus destinées à consolider le pouvoir en place qu’à offrir de réelles opportunités aux forces politiques de changement. Ce Code électoral adopté le 14 janvier semble être une étape, certes, mais une étape qui, à ce stade, n’inspire pas encore la confiance nécessaire pour espérer un véritable bouleversement démocratique.

