DÉTOURNEMENT DE FONDS PUBLICS : L’OPÉRATION SCORPION VEILLE

La pandémie du coronavirus ne semble pas avoir annihilé la volonté des autorités gabonaises à faire la lumière et établir les responsabilités dans les massifs détournements de fonds publics qui ont eu lieu ces deux dernières années, et qui ont coûté la liberté à plus d’une dizaine de hauts responsables de l’Etat aujourd’hui en détention préventive.

Des sommes d’argents détournées, aux rangs protocolaires des mis en cause, l’opinion publique gabonaise a rarement eu à assister à un tel niveau de scandale au sommet de l’Etat. Un scandale financier doublé d’une tentative de déstabilisation des institutions de la République, si l’on s’en tient aux propos de l’ancien ministre, Noël Mboumba. En liberté provisoire ce début de mois de mars 2020,  ce dernier n’a pas hésité à dévoiler l’existence d’un plan de déstabilisation ourdi par certaines des personnalités gabonaises. Des révélations graves qui ont poussé des observateurs avertis à se demander ce qui pouvait bien justifier la remise en liberté provisoire de quelqu’un qui avoue devant micros et caméras, être complice d’un coup d’Etat.

Toutefois, ces révélations de l’ancien ministre Noel Mboumba qui affirme avoir agit pour sa part sous la « contrainte » pourraient donner lieu à une « requalification » des charges qui pourraient être finalement retenues contre les différents prévenus en cas de procès.

Tout prend forme le 13 novembre 2019, avec l’arrestation de l’ex Directeur Général de la Caisse d’Assurance Maladie et de Garantie Sociale (CNAMGS), Renaud Allogo Akoue, fraîchement limogé au terme d’un conseil des ministres express, s’en suivront, Ismael Ondias, Roger Owono, Brice Laccruche Alihanga, en tout une vingtaine de hauts responsables publics dont 5 ministres du gouvernement du Premier-ministre Julien Nkoghe Bekale, toujours en poste.

Au fil des révélations des coupures de presse, on découvre les vestiges de ce qui semblait être une parfaite organisation criminelle autour de l’Association des Jeunes Émergents Volontaire ( AJEV) et de Gabon Oil Company dont la trésorerie a régulièrement été mise sous pression. Les médias parlent de 85 milliards, le nombre fait rigoler les habitués de ce genre de malversations.

Idem pour le résultat des plusieurs perquisitions, 350 millions découverts dans des coffres enfouis sous les planchers des  villas cossues. Les mis en cause avaient pris soin de se mettre à l’abri du besoin pour plusieurs années. 

Et ce sera à la justice de retrouver la trace de ce magot qui continue de voyager dans les paradis offshore, le dernier scandal de la banque Orabank, fait état d’un compte bancaire qui aurait été syphoné par les cadres de la banque. Il s’agit du compte  Marvyn Ndong SIMA, gérant d’une des nombreuses sociétés écran de la galaxie AJEV. « Bati-verdure » à ne pas confondre avec « Bati-Vert » du célèbre Alexis Ndouna. Dans tous les cas  les deux entreprises apparaissent dans les la trésorerie de Gabon Oil Company comme ayant été les bénéficiaires de plusieurs centaine de millions de francs CFA de décaissement. Le dénommé Marvyn Ndong Sima, fils de Raymond Ndong Sima, un habitué des couloirs de Gabon Oil Company, à la tête d’une entreprise à l’existence minimale légale, on parle de plus de 700 millions de contrat pour des « barrières »  il  aurait pris la clef des champs dès les premières arrestations. La justice gabonaise pourra-t-elle mettre la mains sur tous ces présumés criminelles, surtout que certaines informations concordantes font état de la libération de plusieurs prévenus dans l’intimité des cabinets des juges d’instruction. Est-ce à dire qu’ils sont innocents ?

Nous n’aurons aucune réponse. Cependant, une chose est certaine, l’opération scorpion continue, les auditions en cabinet ont été suspendues par la ministre de la justice, ce qui donne le temps aux hommes de la Direction Générale des Recherches (DGR) d’avancer sur leurs investigations et de recouper les informations.

Certaines indiscrétions annoncent une autre vague d’arrestations. Des arrestations qui devraient conduire à la manifestation de la vérité dans le cadre d’une série de procès, afin que cette opération ne soit plus qualifiée de « règlements de comptes » par les détracteurs du parquet de Libreville qui rappellent que dans les 10 dernières années, rares sont les arrestations qui ont conduit à des procès. En effet, plusieurs responsables publics mis en cause dans le cas d’autres scandales à l’exemple des affaires  Santullo, et Kevazingo ont été remis en liberté et parfois même promus.

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