LES DEBOIRES D’AVERDA ECRASENT LIBREVILLE SOUS LES ORDURES

A l’initiative de la présidence, le gouvernement a ouvert un audit sur la dette d’Averda, estimée à 16,4 milliards de francs CFA. Les enquêteurs ont décelé des traces d’un détournement de fonds publics qui éclaboussent plusieurs membres de l’ancien entourage présidentiel. Avec autant de déboires, ce sont encore les populations gabonaises qui payent.

Selon les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pas moins de 12,6 millions de personnes meurent chaque année à cause de l’insalubrité des villes.

Un fléau causé en grande partie par les difficultés dans le ramassage des ordures que certaines sociétés éprouvent mais aussi l’incivisme des populations.

Au regard des déboires accumulés par Averda, les autorités ont compris que pour maintenir un niveau d’hygiène acceptable à Libreville, cette société ne faisait plus l’affaire. « La rupture entre l’Etat gabonais et Clean Africa était consommée depuis longtemps», a fait observer un responsable du dossier.

La présidence de la République avait même incité le gouvernement à faire toute la lumière sur ce qui s’apparentait à un véritable système de prévarications.

Il a fallu enquêter sur la question des impayés d’Averda au moment où le directeur de Clean Africa, Traoré Mention, s’est permis de réclamer à l’Etat gabonais, sans rire, une affaire de 25 milliards de francs CFA.

Or un système de prévarications a été découvert derrière ces factures mirobolantes brandies par de Traoré Mention. « Plusieurs membres de l’ancien entourage présidentiel ont acquis à titre personnel un total de 30% du capital de Clean Africa », a révélé une enquête sur ce système de prévarications.

La société qui était au départ un établissement mixte est devenue un établissement public plaçant l’Etat gabonais face à un imbroglio. La rupture du contrat, première phase du règlement de ce dossier, était inévitable.

Le Haut-commissariat à l’environnement et à l’amélioration du cadre de vie (HCECV), est à son tour venu commander un audit technique en juin 2019, sur les dysfonctionnements qui ont fait échouer le mécanisme de collecte des ordures à Libreville.

Un audit technique effectué en collaboration avec les municipalités et les administrations qui a montré les défaillances terribles d’Averda, mettant la santé des populations en péril.
« Il ressort qu’il y a eu une absence de coordination entre les signatures des contrats entre l’administration et acteurs privés et les mécanismes préalables de financement adéquats dédits contrats. Il y a aussi eu des faiblesses dans le suivi de l’exécution du cahier de charges des entreprises privées. Les moyens et les équipements prévus au contrat commercial ne sont plus opérationnels, à l’exemple des balayeuses mécaniques et des machines à nettoyer les plages. Il ressort aussi que les moyens roulants, notamment les camions, sont insuffisants. Il y a une absence des bacs, et ceux existants sont en mauvais état, lorsqu’ils sont dans des quartiers où la population humaine est dense. Il a aussi été constaté que l’usage des engins à pelles mécaniques lors des ramassages d’ordures près des bacs délabre goudron en créant des fosses béantes. Enfin, le curage de caniveaux n’est pas fait dans les normes », a fustigé l’audit.

Dénonçant les 500 millions de FCFA superbement touchés chaque mois par Averda, Léandre Nzué a regretté que cette société reçoive des factures mirobolantes pour un travail bâclé. « Je dis que cette société n’a pas rempli son contrat conformément à son cahier des charges. Celui-ci prévoit non seulement la collecte des ordures ménagères, l’entretien des bassins versants et le curage des caniveaux. Le problème, c’est qu’Averda ne s’occupe que de la collecte des ordures ménagères et pas de ses deux autres missions alors qu’elle est payée chaque mois à hauteur de 400 – 500 millions de FCFA pour la totalité des prestations. Ce qui n’est pas normal ».

Pour Léandre Nzué, si cela ne tenait qu’à lui, il y a très longtemps qu’il les aurait tous envoyé paître. «Que ce soit Averda ou Clean Africa, ces sociétés ne font pas leur travail. Si ça ne dépendait que de moi, je résilierais leurs contrats ».


Pamphil EBO

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