«LA REPONSE À LA PANDÉMIE A MONTRÉ CE QUE LES NATIONS SONT CAPABLES D’ACCOMPLIR LORSQU’ELLES TRAVAILLENT ENSEMBLE  » TANGUY GAHOUMA

Dans une tribune publiée sur la version en ligne du quotidien Britannique THE INDEPENDENT, Tanguy Gahouma-Bekale, Conseiller spécial du Président de la République, et Président du Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique, revient sur les enseignements de la crise du COVID-19 pour les efforts mondiaux de lutte contre les effets du changement climatique

Le Gabon a pris la direction du Groupe africain des négociateurs (AGN) pour les deux prochaines années en mettant des priorités de travail pour une voix africaine plus forte et unifiée dans les négociations mondiales sur le changement climatique que le Président du Gabon s’est engagé à soutenir sans réserve. Malheureusement, en raison de l’épidémie et des défis de Covid-19, les pays africains – comme d’autres gouvernements dans le monde – sont confrontés à de multiples crises liées à la propagation de la pandémie, ce qui nécessite une action immédiate et décisive pour sauver des vies et surmonter les conséquences sociales et économiques. Covid-19 met à rude épreuve nos capacités de résilience.

Cependant, bien que les défis sanitaires soient une priorité, il est crucial de se rappeler que le monde est confronté à deux défis mondiaux: le COVID-19 et la crise climatique. Malheureusement, ce dernier a été mis en attente malgré la menace croissante du changement climatique sur la santé humaine, les économies et les avertissements scientifiques selon lesquels nous avons atteint le « point
de basculement » Les scientifiques préviennent que des impacts importants du changement climatique se produiront beaucoup plus tôt que prévu si des mesures ne sont pas prises de toute urgence et que l’Afrique, un continent de 54 pays, sera la plus vulnérable et la plus affectée, bien qu’elle ne contribue qu’à 4% des émissions mondiales totales. Il est donc vital que nous devions fermement mettre l’accent et les ressources similaires que nous avons consacrés au Covid-19 pour le reproduire en faisant face aux menaces du changement climatique.

Nous devons aligner notre réponse à Covid-19 sur l’Accord de Paris et dans le même processus, porter une attention particulière aux solutions basées sur la nature pour réduire la probabilité de récurrence de cette pandémie, pour la préservation de la biodiversité, l’atténuation du climat, l’adaptation et le développement durable.

Le sommet de l’ONU à Glasgow (désormais reporté à l’année prochaine) sera le dernier kilomètre avant le début de la mise en œuvre de l’Accord de Paris en 2021, et les pays doivent s’entendre sur les règles à la COP26, alors que l’Accord de Paris guide les efforts des parties et leur obligation en matière d’action climatique.

Il est à noter qu’avant l’épidémie, le Groupe africain a tenu une réunion stratégique à Libreville au début de cette année sous le thème « Cop26: Feuille de route de l’Afrique pour l’action climatique ». Cette réunion nous amène à approuver un plan de travail africain clair à la COP26 et à délibérer sur une stratégie d’actualisation et de révision de notre contribution déterminée au niveau national au titre de l’Accord de Paris, avant la prochaine conférence des parties à l’ONU sur le changement climatique.

 

Désormais, en raison de la restriction de se rencontrer physiquement et de maintenir notre travail, le Groupe africain, par ma direction, a décidé de maintenir virtuellement la conversation en cours et d’utiliser les technologies disponibles pour discuter avec des représentants de différents pays africains, d’autres parties et partenaires pour nous assurer de maintenir l’élan de l’action climatique.

Ces consultations virtuelles nous permettront de renforcer notre action climatique pour la période post-Covid-19, et de renforcer nos efforts d’adaptation au changement climatique – l’adaptation étant la priorité des pays africains.

C’est dans ce contexte que M. Ban Ki-Moon, 8e Secrétaire général des Nations Unies et coprésident du Centre mondial sur l’adaptation (GCA), a exprimé sa volonté de créer une synergie entre le GCA et l’Initiative africaine pour l’adaptation (AAI). Cela a été défendu par S.E. Ali Bongo Ondimba, le président du Gabon. M. Ki-Moon a
demandé au Président du Gabon de rejoindre le Conseil d’administration de la Commission mondiale de l’adaptation en raison de son leadership fort sur le climat.

Le Gabon continue de défendre l’Initiative africaine pour l’adaptation depuis son lancement en 2015, où il a contribué 500 000 dollars pour soutenir les pays africains dans leurs efforts d’adaptation.

Comme l’a dit le président Bongo, « Le véritable impact de la crise des coronavirus sur le climat dépendra en fin de compte des choix que nous ferons sur la façon dont nous nous rétablirons. La réalisation des objectifs d’atténuation et d’adaptation de l’Accord de Paris doit être au cœur de cet effort visant à garantir que nous réduisons la probabilité de futures pandémies.»

Ainsi, cette synergie renforcera et améliorera la mise en œuvre de l’initiative d’adaptation pour l’Afrique et souligne la nécessité d’une réponse intégrée dans le renforcement du climat et de la résilience à la pandémie en Afrique. Cette année est cruciale pour aligner le processus de reprise sur les objectifs de l’Accord de Paris et pour maintenir l’élan.

Les pays africains ont également appelé les pays développés à prendre des mesures et une mise en œuvre solides pour combler le déficit d’ambition de réduction des émissions et de financement climatique pour l’action climatique d’ici 2020.

Le déficit de mobilisation et de dispersion de 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 est une préoccupation cruciale pour les pays africains. Le Groupe africain a appelé les parties à s’acquitter de leur obligation de financement climatique pour faciliter la mise en œuvre d’actions plus ambitieuses dans les pays vulnérables.

Par conséquent, nous devons rappeler aux parties qu’en 2015, les pays ont convenu d’un ambitieux traité sur le climat pour faire face à « l’urgence climatique » dans le cadre de l’Accord de Paris.

La pandémie de Covid-19 est un appel au réveil et nous enseigne que ce combat contre le virus ne peut être gagné sans que nous unissions nos forces. Nous avons été témoins d’un grand besoin de préparation, de coopération, d’engagement et de collaboration.

Le monde doit en tirer les leçons pour l’action climatique avec un sentiment de solidarité et d’urgence afin de mieux récupérer pour notre génération future et notre planète.

 

Tanguy Gahouma-Bekale est Conseiller spécial du Président de la République du Gabon et Président du Groupe africain de négociateurs sur le changement climatique.

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