La scène serait comique si elle n’était pas tragique. Alors que l’agence Fitch Ratings, l’une des principales institutions de notation financière mondiale, abaissait la note souveraine du Gabon à « CCC » — un niveau proche du défaut de paiement —, le Premier ministre Raymond Ndong Sima s’offrait un stage de karaté et participait à un tournoi de songo.
Ce choix de priorités laisse pantois, surtout dans un contexte où l’incapacité manifeste de son gouvernement à répondre aux défis économiques est exposée à la lumière crue des faits. Pis encore, Ndong Sima se trouve aujourd’hui éclaboussé par une affaire qui soulève des questions sur la gestion de fonds publics : celle du milliers de bovins importés du Brésil. Selon des sources bien informées, la société gabonaise en charge de la gestion de ce programme serait domiciliée à la Primature et dirigée en partie par le fils du Premier ministre, également conseiller de ce dernier. Une nouvelle illustration du mélange des genres qui gangrène les institutions du pays.
Tribalisme et conflits d’intérêts
La Primature semble ainsi s’enfoncer dans des pratiques opaques. Les premières nominations effectuées par Ndong Sima avaient déjà suscité des critiques, jugées empreintes d’un favoritisme ethnique flagrant. Depuis, le climat n’a guère changé : conflits d’intérêts, abus de biens sociaux, gestion clanique… autant de dérives qui contrastent avec les promesses de restauration institutionnelle brandies par les autorités au lendemain du coup d’état du 30 août 2023.
70 ans, rien à perdre
À 70 ans, Raymond Ndong Sima semble peu préoccupé par l’avenir du Gabon. La dégradation de la note souveraine par Fitch Ratings souligne pourtant la gravité de la situation : des finances publiques exsangues, une dette insoutenable, et une population au bord de l’explosion sociale. Mais plutôt que de se mobiliser face à cette crise historique, le chef du gouvernement préfère jouir des privilèges que lui confère sa fonction.
Son collègue Vice-Premier ministre en charge de la Planification semble partager la même légèreté. Dans un geste qui frise la caricature, ce dernier a utilisé les canaux de communication officiels pour souhaiter un joyeux anniversaire à Ndong Sima. Une scène digne d’un sketch, qui aurait fait rire si la situation n’était pas aussi grave.

