OPINION LIBRE : « CES PUBLICITÉS QUI DÉBOUSSOLENT »- RAYMOND NDONG SIMA

Raymond Ndong Sima, est un homme d’État gabonais, il a été Premier ministre du 27 février 2012 au 24 janvier 2014.

Nos parents, nos grands-parents et plus loin trouvaient que le palmier était un arbre complet. Ils en utilisaient les branches pour se fabriquer des balais, préparer des abris etc. Ils en utilisaient les noix sous les formes les plus variées pour en manger, se soigner, se faire des produits cosmétiques. Ils en mangeaient le cœur ou en buvaient de la sève. Ils se chauffaient enfin avec ce qu’il en restait. Bref aucun arbre de nos forêts n’avait et n’a un tel niveau d’utilisation.

Sous la première époque coloniale, on a entrepris de réaliser de grandes plantations de palmiers pour produire de grandes quantités d’huile de palme et derrière elle, de l’huile d’amendes. Palmévéa a ainsi fait les beaux jours de Lambaréné comme tant d’autres zones dans tous les pays forestiers au sud du Sahara et en Asie du sud-est ont développé une activité économique à partir de la culture du palmier. Ce sont ainsi des milliers et même des millions de personnes dans le monde qui ont trouvé du travail autour de cet arbre.

Mais voilà, depuis quelques années l’huile de palme, dont les quantités continuent à augmenter, irrite et inquiète beaucoup de gens et notamment les producteurs des autres huiles. Ces derniers ont d’ailleurs reçu deux appuis de taille :

a) d’abord de la médecine qui soutient que l’huile de palme est source de problèmes de santé, elle crée et multiplie les maladies notamment du cœur (et nous comprenons pourquoi nos parents ne vivaient pas longtemps même si c’est selon l’expression à la mode, bio);

b) ensuite des défenseurs de l’environnement qui estiment que la création de grandes plantations passe par la destruction de la biodiversité et participe à l’augmentation des gaz à effets de serre et donc au réchauffement de la planète.

Donc, un des principaux dérivés de cet arbre, son huile, est désormais indexé comme un produit nuisible directement à la consommation humaine ou indirectement à la vie humaine deux constats qui conduisent à la conclusion logique qu’il faut en arrêter la culture.

Mais alors, ne sommes-nous pas en pleine contradiction lorsque, nous qui produisons de l’huile de palme, dans nos magasins, les étales sont couverts de produits alimentaires sur lesquels l’absence d’huile de palme est soulignée et indiquée comme un facteur de sécurité de l’aliment.

Si l’huile de palme est désormais dangereuse à la consommation, pourquoi encourageons-nous la culture du palmier. Qui mangera de cette huile si nous, qui la produisons et tous les autres des pays qui cultivent du palmier et produisent de l’huile de palme, soutenons la publicité contre l’huile de palme. N’y a-t-il pas là de quoi être déboussolé ?

Raymond Ndong Sima

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